
Pour aller au cœur du sujet : la biodiversité marine, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud ont souhaité créer une proximité entre le spectateur et le monde sous-marin. Il a donc été nécessaire de garder, à travers les images, une impression de vitesse et de vitalité. Pour cela, ils ont dû faire face à un véritable défi technique : « filer à 10 nœuds au cœur d’un banc de thons en chasse, accompagner les dauphins dans leurs folles cavalcades, nager avec le grand requin blanc épaule contre nageoire ». 14 cameramen français, japonais et suédois ont été disséminés sur toutes les mers du monde. 12 équipes ont bravé vagues, pluies et tempêtes, à bord de canots pneumatiques. Des centaines de biologistes ont été mobilisés sur les cinq continents. Le budget est considérable : 50 millions d’euros.
Les innovations sont remarquables. Pour filmer la baleine sans la déranger, l’équipe a mis au point une caméra, stabilisée et placée au bout d’un bras de grue installée sur un bateau : c’est le dispositif Thetys, imaginé et construit par Jacques-Fernand Perrin et Alexandre Bügel. Les moyens de tournage sont tout à fait originaux. Le mini hélicoptère électrique télécommandé, Birdyfly, silencieux et minuscule, peut s’approcher en toute discrétion des plus grands cétacés lorsque ceux-ci sont en surface. Un engin « mi-air mi-eau », qui filme simultanément sur et sous la surface, permet d’accompagner les phoques, otaries ou loutres qui nagent la tête hors de l’eau. Mais le clou des inventions est la caméra numérique logée dans des torpilles tractées à grande vitesse derrière un bateau, grâce à un câble de fibre optique. Elle filme en marche arrière, de façon à voir les animaux de face.
Au-delà de la prouesse technique, ce film est un cri d’alarme sur l’état de nos océans. « Et pourtant, la mer est encore un immense territoire sauvage. Les portes océanes offrent toujours des espaces de liberté illimités », reconnaît Jacques Perrin.
« Aux Iles Cocos, au large du Costa Rica, il suffit de mettre la tête sous l’eau pour voir s’affairer poissons de toutes espèces, requins en tous genres, raies de toutes tailles et autres tortues et mammifères marins », s’émerveille Jacques Cluzaud.
Au nord de l’Arctique, sur la petite île de Coburg, ours polaires, morses et phoques sont encore seuls chez eux. A l’extrême ouest des îles Galapagos, les aigles au milieu des iguanes marins, des otaries et des cormorans, se posent sans crainte à quelques mètres de l’équipe. Tandis qu’au large de la côte du Transkei (Afrique du Sud), des nuées d’oiseaux tombent en piqué dans l’eau et poursuivent, à tire d’ailes, des bancs de sardines jusqu’à dix mètres de profondeur.
C’est sur ces petits endroits du monde qu’ont été tournées les images du film Océans. Jacques Perrin nous plongent au cœur d’un spectacle primitif d’une grande émotion.